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Repères Acoustique
Niveau sonore, dB(A)Carte fictive

Coût social du bruit en France : ce que l’estimation mesure vraiment

L’étude de l’ADEME et du Conseil national du bruit de 2021 chiffre le coût social du bruit à 147,1 milliards d’euros par an. L’écart avec les 57 milliards de 2016 tient surtout à la méthode et au périmètre.

Mise à jour : novembre 2026

Les chiffres à retenir

  • 147,1 Md€ par anCoût social du bruit en France, estimationrepèreADEME et CNB, étude de 2021
  • 57,4 Md€ par anEstimation précédente, non comparablerepèreEY pour l’ADEME et le CNB, étude de 2016
  • 97,8 Md€ par anPart des transports, dont 80,6 Md€ pour la routerepèreADEME et CNB, étude de 2021
  • 42,6 Md€ par anPart de l’Île-de-France, soit 29 % du totalrepèreMietlicki et Thibier, Congrès français d’acoustique, 2022
Sur cette page
  1. Répartition du coût social du bruit par source
  2. Ce que mesure un coût social
  3. 57 ou 147 milliards : pourquoi les chiffres diffèrent
  4. Ce que le chiffre ne dit pas
  5. L’Île-de-France, et l’usage de ces montants par les décideurs
  6. Textes et sources

L’étude de l’ADEME menée avec le Conseil national du bruit évalue le coût social du bruit en France à 147,1 milliards d’euros par an. Ce montant ne figure dans aucun budget. C’est une estimation des dommages, surtout sanitaires, et elle ne prolonge pas les 57 milliards de l’étude précédente. Les deux chiffres ne se comparent pas.

Répartition du coût social du bruit par source

Les transports pèsent les deux tiers du total, et la route à elle seule plus de la moitié.

Coût social du bruit par source, en milliards d’euros par an
SourceMontantPartDétail en Md€
Transports97,8 Md€66,5 %Route 80,6, rail 11,1, avion 6,1
Voisinage26,3 Md€17,9 %Particuliers 17,8, chantiers 5,3, activités 3,2
Travail, école, hôpital21 Md€14,2 %Milieu professionnel 19,6, école 1,3, hôpital 0,064
Lutte contre le bruit2 Md€1,4 %Sans détail
Total147,1 Md€100 %

Les particuliers représentent 12,1 % du total, soit plus que le rail et l’avion réunis. Ce poste relève du bruit de voisinage et d’environnement, dont les règles diffèrent de celles des routes.

Ce que mesure un coût social

Un coût social additionne ce que le bruit fait perdre à la société, que quelqu’un paie cette perte ou non. L’étude sépare deux familles. Les coûts sanitaires non marchands atteignent 126,3 milliards d’euros, soit 86 % du total. Les coûts marchands représentent les 20,8 milliards restants.

Le milieu professionnel montre ce que cela change. Sur ses 19,6 milliards, 53 % viennent de la perte de productivité, 43 % de la gêne et 4 % des maladies et accidents. Le bruit au travail pèse d’abord sur l’activité et le confort. Des sujets sans risque pour l’audition, comme l’acoustique d’un open space, entrent donc dans la discussion.

Immeuble d'habitation au bord d'une route urbaine fréquentée, avec quelques arbres et des voitures floues
Image d’illustration.

57 ou 147 milliards : pourquoi les chiffres diffèrent

Le chiffre de 57 milliards vient d’une étude de 2016, réalisée par EY pour l’ADEME avec le Conseil national du bruit. Sa valeur exacte est 57,4 milliards. L’étude de 2021, confiée à I Care & Consult et Energies Demain, arrive à 147,1 milliards. Une présentation de ces travaux, publiée en 2022, décompose l’écart de 89,7 milliards.

D’où viennent les 89,7 milliards d’écart (parts et montants de la présentation de 2022)
OriginePart de l’écartMontant
Périmètre élargi : obésité, maladies cardiovasculaires, diabète, santé mentale, chantiers, hôpitaux, dépenses de lutte contre le bruit50,3 %45,1 Md€
Changements de méthode43,5 %39 Md€
Données de population mises à jour6,2 %5,6 Md€

Le bruit n’a donc pas coûté deux fois et demie plus cher en cinq ans. Près de 94 % de l’écart tient à ce que l’on compte et à la façon de le compter.

Ce que le chiffre ne dit pas

Les auteurs de la présentation de 2022 signalent eux-mêmes un calcul « reposant sur des hypothèses parfois fragiles ». Aucun sonomètre ne donne ce montant. Il combine des expositions, des effets attendus et des valeurs monétaires.

Il ne se lit pas non plus comme une économie disponible, car supprimer une source de bruit ne ferait pas récupérer le montant de sa ligne. Le guide n° 6 du Conseil national du bruit écrit « au moins 147 milliards d’euros », ce qui en fait un ordre de grandeur plutôt qu’un total exact.

Les chiffres de cette page viennent de la présentation de 2022 et de l’avis du Conseil national du bruit de 2020. Ils ne sont pas repris directement des rapports complets.

L’Île-de-France, et l’usage de ces montants par les décideurs

L’Île-de-France représente 42,6 milliards d’euros, soit 29 % du total national.

Ces montants servent surtout d’argument. Dans son avis du 5 octobre 2020, le Conseil national du bruit cite les 57 milliards alors connus. Il évoque aussi environ 300 000 logements « points noirs du bruit » non traités, soit environ un million de personnes. Il s’agit de bâtiments sensibles, construits avant 1978 ou avant la route, dans une zone où le niveau de bruit menace la santé. Leur résorption y est estimée à deux ou trois milliards d’euros.

Rapprocher ces sommes reste un argument et ne vaut pas calcul de rentabilité. Pour passer du chiffre aux règles, on peut partir de l’ensemble de la réglementation. Dans le bâtiment, les leviers sont l’isolement et l’absorption acoustiques.

Textes et sources

  • Mietlicki (Bruitparif, CNB) et Thibier (ADEME), Congrès français d’acoustique, avril 2022 : PDF
  • Avis du Conseil national du bruit du 5 octobre 2020 : PDF
  • Guide du CNB n° 6, version d’octobre 2024 : PDF