Les obligations de l’employeur face au bruit au travail suivent trois valeurs du Code du travail : 80, 85 et 87 dB(A) sur une journée. L’employeur doit d’abord évaluer le risque, puis prendre les mesures que déclenche chaque valeur. Le dB(A) est un décibel filtré pour approcher l’oreille, moins sensible aux graves et aux aigus qu’aux médiums.
| Valeur | Sur 8 heures | En crête | Ce que l’employeur doit faire |
|---|---|---|---|
| Valeur inférieure déclenchant l’action (VAI) | 80 dB(A) | 135 dB(C) | Au-delà de cette valeur, mettre des protections auditives à disposition et permettre un examen audiométrique à la demande du salarié ou du médecin du travail. Dès qu’elle est atteinte, informer et former |
| Valeur supérieure déclenchant l’action (VAS) | 85 dB(A) | 137 dB(C) | Au-delà de cette valeur, engager un programme de réduction, signaler les zones et en limiter l’accès. Dès qu’elle est atteinte, veiller au port des protections |
| Valeur limite d’exposition (VLE) | 87 dB(A) | 140 dB(C) | Ne jamais la dépasser. Si cela arrive, prendre des mesures immédiates et rechercher la cause |
La colonne « sur 8 heures » correspond au Lex,8h, l’exposition de la journée ramenée à huit heures de travail. La crête vise les bruits très brefs, un coup de marteau par exemple. Elle s’exprime en dB(C), un autre filtre que le dB(A).
Seuils d’exposition au bruit : comment se calcule une journée
Le Lex,8h résume toute la journée. Une heure très bruyante peut donc peser autant qu’une journée entière à un niveau plus modeste. Le tableau suivant donne cette équivalence. Il figure en annexe de l’arrêté du 17 avril 2023, écrit pour les sons amplifiés, et repose sur l’égalité d’énergie avec 80 dB(A) pendant 8 heures.
| Durée | Niveau |
|---|---|
| 8 heures | 80 dB(A) |
| 4 heures | 83 dB(A) |
| 2 heures | 86 dB(A) |
| 1 heure | 89 dB(A) |
| 15 minutes | 95 dB(A) |
Prenons, à titre d’illustration, un salarié qui passe deux heures à 86 dB(A) près d’une scie, puis six heures dans un local très calme. Son exposition de la journée avoisine 80 dB(A), alors que la scie ne tourne qu’un quart du temps. Il se situe donc au niveau de la première valeur d’action.
Réduire de moitié la durée de la tâche bruyante abaisse l’exposition de 3 dB(A). Installer une deuxième machine identique a l’effet inverse, avec 3 dB(A) de plus selon Bruitparif.
Évaluer le risque, première obligation de l’employeur
L’évaluation vient avant les seuils, puisque c’est elle qui dit où se situe chaque poste. Le Code la confie à des personnes compétentes. Les mesures sont renouvelées au moins tous les cinq ans (article R.4433-2) et conservées dix ans (article R.4433-3).
Sur le terrain, le travail consiste à repérer les tâches bruyantes, à noter leur durée et à mesurer. Le calcul retient la journée réelle du salarié, et pas seulement le niveau de la machine la plus bruyante.
L’ampleur du sujet ressort d’une estimation publiée en 2025 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire. En 2019, environ 7,3 % des travailleurs, soit près de 1,9 million de personnes, étaient potentiellement exposés à 80 dB(A) ou plus sur 8 heures. La part montait à environ 20,5 % à partir de 70 dB(A).
Un employeur peut confier ces mesures à un acousticien. La page sur le métier d’acousticien décrit ce qu’il fait et comment lire son rapport.

Réduire le bruit avant de protéger l’oreille
Au-delà de 85 dB(A), le Code demande un programme de réduction (article R.4434-2), ainsi que des zones signalées et un accès limité (article R.4434-3). Distribuer des bouchons d’oreille ne répond pas à cette obligation, car cette valeur se calcule sans eux.
En pratique, le programme commence par ce qui émet le son. Le bruit des machines, les chocs et les vibrations passent avant le traitement du chemin du son, puis du local.
La conception des locaux entre aussi en jeu. Ceux qui accueillent des équipements pouvant exposer à plus de 85 dB(A) par jour doivent être conçus pour réduire la réverbération et « limiter la propagation du bruit vers les autres locaux » (article R.4213-5). L’arrêté du 30 août 1990 chiffre l’objectif, et ses valeurs sont reprises sur la page d’acoustique industrielle citée plus haut.
Le bruit qui sort du site relève d’un autre régime, avec d’autres valeurs. Il est traité dans les règles sur le bruit d’usine.
Protections auditives, information, suivi de santé
Les protections doivent être disponibles au-delà de 80 dB(A) (article R.4434-7). Dès 85 dB(A), l’employeur veille en plus à ce qu’elles soient portées. Elles comptent uniquement pour la valeur limite de 87 dB(A) (article R.4431-3). Protections comprises, ce niveau « ne doit être dépassé en aucun cas », écrit l’INRS.
Un salarié peut donc porter un casque qui le ramène sous 87 dB(A) et travailler dans une zone où le programme de réduction reste dû.
L’information et la formation sont dues dès 80 dB(A) (article R.4436-1). Au-delà de cette valeur, le salarié ou le médecin du travail peut demander un examen audiométrique (article R.4435-2). L’INRS décrit une « surdité de perception irréversible » et précise qu’« on ne sait pas soigner ce type de surdité ». La fatigue auditive et les acouphènes passagers, eux, disparaissent si l’exposition ne se répète pas.
La surdité professionnelle figure au tableau 42 du régime général. Il retient un déficit d’au moins 35 dB sur la meilleure oreille, en moyenne sur 500, 1 000, 2 000 et 4 000 Hz. Ce déficit est mesuré après au moins trois jours sans bruit. Le délai de prise en charge est d’un an pour un an d’exposition, avec des exceptions. Le régime agricole a son propre tableau, le 46.
Atelier, restaurant, école, bureau : le même calcul
Le Code raisonne en niveau d’exposition et ne dresse pas de liste de métiers. Une cuisine de restaurant ou un gymnase scolaire se calculent comme un atelier : on prend les tâches de la journée, leur niveau et leur durée. Le bruit de la salle elle-même, côté clients, est une autre question, traitée à la page sur l’acoustique d’un restaurant.
Sous 80 dB(A), le bruit peut quand même peser. L’INRS signale entre 60 et 80 dB(A) une possible fatigue cognitive, de l’insatisfaction et de l’irritation. Aucune valeur d’action ne joue pourtant à ces niveaux. Une présentation publiée par l’INRS en septembre 2026 résume la situation : « Rien dans la réglementation sur les locaux de travail hors risques auditifs ».
Pour un bureau, tout se joue donc dans des objectifs choisis librement. Deux pages détaillent ce point, l’une sur le confort acoustique des bureaux, l’autre sur la qualité acoustique des espaces ouverts.
Ce que le bruit au travail coûte à la collectivité
Dans l’étude sur le coût du bruit de l’ADEME et du Conseil national du bruit, le milieu professionnel pèse 19,6 milliards d’euros par an. La perte de productivité en représente 53 %, la gêne 43 %, les maladies et accidents 4 %. Il s’agit d’une estimation. Les autres sources de bruit sont classées sur la page réglementation du bruit en France.
Questions fréquentes
Pourquoi 85 et 87 dB(A) sont-ils si proches ?
Ces deux valeurs ne se calculent pas de la même façon. Le 85 s’évalue sans tenir compte des protections auditives. Le 87 est le niveau qui reste à l’oreille, protections portées. Le premier déclenche des actions sur le bruit, le second interdit tout dépassement.
Comment compter un travail qui change beaucoup d’un jour à l’autre ?
L’exposition hebdomadaire peut alors remplacer l’exposition quotidienne, dans des circonstances justifiées auprès de l’inspection du travail. C’est l’article R.4431-4, en vigueur depuis le 13 février 2021 (décret 2021-143).
Une mesure ponctuelle au sonomètre suffit-elle ?
Non. Une mesure ponctuelle donne une idée du niveau à un moment précis. La comparaison avec les valeurs du Code se fait sur l’exposition de la journée ou sur la crête, avec la durée de chaque tâche.
Les salles de pause sont-elles concernées ?
Oui. L’article R.4434-4 demande des locaux de repos dont le niveau sonore convient à leur usage, sans fixer de chiffre.
Textes et sources
- Code du travail, articles R4431-1 à R4437-4 : Légifrance
- Code du travail, article R.4213-5 : Légifrance
- Arrêté du 30 août 1990 : Légifrance
- Arrêté du 17 avril 2023, sons amplifiés : Légifrance
- INRS, réglementation du bruit au travail : inrs.fr
- INRS, effets du bruit sur la santé : inrs.fr
- INRS, TJ 16, « Le bruit en milieu de travail. Aide-mémoire juridique » : PDF
- T. Bonzom, présentation publiée par l’INRS, 22 septembre 2026 : PDF
- Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 6, 1er avril 2025 : Santé publique France
- Bruitparif, « Physique du son » : PDF
- Mietlicki et Thibier, Congrès français d’acoustique, avril 2022 : PDF
