La correction acoustique d’un local consiste à poser un matériau absorbant sur une partie des parois, le plus souvent au plafond, pour que le son se réfléchisse moins. Elle réduit la réverbération et le niveau du son réfléchi. Elle n’arrête ni le bruit qui vient d’à côté, ni celui qu’on reçoit directement de la source.
Cette page pose les notions. Pour le détail, voyez la différence entre isolation phonique et correction acoustique et le temps de réverbération recommandé. Le calcul par la formule de Sabine et l’acoustique d’un restaurant ont aussi leur page.
Correction acoustique d’un local : ce que le mot recouvre et ce qu’il laisse de côté
L’INRS, l’Institut national de recherche et de sécurité, décrit le geste en ces termes : « recouvrir une partie des parois d’un local, généralement le plafond mais parfois aussi les murs, d’un matériau absorbant, afin de limiter au maximum l’amplification du bruit ». Il parle de traitement ou de correction acoustique, comme le Centre d’information sur le bruit (CidB). Le Conseil national du bruit (CNB) écrit correction acoustique.
Le CidB sépare deux familles de locaux. Les « cas courants », comme les salles de classe, les bureaux et les salles de réunion, relèvent de méthodes simples. Les auditoriums, les salles de spectacle et les studios d’enregistrement demandent une acoustique précise, que sa fiche A4 laisse « au spécialiste ». Cette page parle de la première famille.
La correction laisse aussi de côté une partie du son. Dans une pièce, on reçoit le son direct, qui arrive sans détour depuis la source, et le son réfléchi par les parois. Le CidB est net : ajouter de l’absorption fait baisser le niveau dans le champ réverbéré, « mais le niveau sonore dans le champ direct reste inchangé ». Une personne assise à côté d’une machine bruyante y gagnera donc peu.
Le gain dépend de la distance à la source. Selon l’INRS, un local « peut amplifier de quelques dB près de la source à plus de 10 dB loin de celle-ci ». Ce chiffre décrit l’amplification due au local, et le CidB précise qu’un traitement ne peut pas promettre davantage que cette amplification.
Sur la baisse de niveau, les sources n’ont pas le même ton. La fiche A3 du CidB la juge « relativement faible, voire décevante ». La brochure ED 6103 de l’INRS lui prête au contraire « un impact important sur le niveau sonore ambiant ». Le CidB donne une règle chiffrée : doubler l’aire d’absorption abaisse de 3 dB le niveau du son réfléchi.
La réverbération : comment elle se mesure, pourquoi elle gêne
La réverbération vient de la « superposition de réflexions du son sur les parois et le mobilier », écrit le CidB. Elle se mesure par la durée de réverbération, qu’on appelle aussi temps de réverbération et qu’on note Tr ou T. C’est le temps que met un son à perdre 60 dB après l’arrêt de la source.
- La source s’arrête.
- Salle traitée : le niveau perd 60 dB rapidement, la durée de réverbération est courte.
- Salle réverbérante : le même écart de 60 dB prend beaucoup plus de temps et la parole se brouille. Courbes de principe, sans valeurs réelles.
Elle gêne de deux façons. Le son réfléchi s’ajoute au son direct et fait monter le niveau ambiant, surtout loin de la source. Les réflexions brouillent aussi la parole, puisqu’une syllabe traîne encore quand la suivante arrive.
Deux fiches de l’INRS montrent ce qu’un traitement change. Dans une cantine scolaire (fiche n° 69), la durée est passée de 2,3 s à 0,5 s, après des travaux au plafond et un changement de mobilier. La fiche ne donne pas de niveau sonore. Dans un restaurant d’entreprise (fiche n° 63), elle est passée de 0,9 à 0,6 s à 1 kHz, avec un gain de 2 dB(A) aux heures de pointe. Le dB(A) est un décibel filtré pour approcher la sensibilité de l’oreille.

Absorption et isolation : où passe la frontière
L’INRS trace cette frontière sur un schéma. À l’intérieur du local, « l’absorption limite les réflexions ». De l’autre côté de la paroi, « l’isolation limite les transmissions ». Un plafond absorbant ne protégera donc guère le bureau voisin d’une réunion, et une cloison plus lourde ne calmera pas une cantine.
Les deux gestes se mesurent différemment, et on les confond pourtant souvent. La page isolation phonique ou correction acoustique compare leurs indicateurs, et la page sur l’acoustique du bâtiment les replace parmi les autres grandeurs d’un projet.
Les surfaces qui absorbent : lire un coefficient d’absorption
Un matériau se décrit par son coefficient d’absorption, noté α et appelé alpha Sabine. Il varie de 0 pour un matériau réfléchissant à 1 pour un matériau totalement absorbant, et il change avec la fréquence. La brochure ED 6103 en donne des exemples. Une paroi lisse en béton affiche 0,05 à 500 Hz. Un faux plafond en laine minérale de 20 mm, avec 200 mm de vide derrière, affiche 0,7 à 500 Hz et 0,95 à 2 000 Hz.
Pour résumer ces valeurs, on utilise l’indice αw, une valeur unique calculée selon la norme NF EN ISO 11654. Il sert à classer les matériaux de A à E, « la classe A étant la plus performante ». Une seule valeur cache pourtant les graves. Une mousse de mélamine de 20 mm passe de 0,10 à 250 Hz à 0,90 à 4 000 Hz. L’INRS précise qu’il faut « une bonne épaisseur (50-100 mm) » pour agir en basses fréquences.
En multipliant chaque surface par son coefficient, puis en additionnant les résultats, on obtient l’aire d’absorption équivalente A, en m². Avec le volume du local, la formule de Sabine en tire une durée de réverbération.
Où poser le matériau ? Il n’existe pas de règle unique. Dans une classe ou une salle de réunion, le CidB conseille d’abord les parois verticales. Selon lui, « les réflexions sur le plafond sont utiles pour renforcer le son vers les places les plus éloignées ». Au-delà de 10 m de long, il fait traiter le mur du fond « pour éviter les échos francs ». Dans un restaurant, il recommande au contraire « un plafond très absorbant ». Dans un atelier, l’INRS vise le plafond et les murs.
Parole et réverbération : l’intelligibilité en pratique
Selon l’INRS, l’intelligibilité de la parole mesure à quel point un auditeur perçoit et comprend un message, dit de vive voix ou diffusé par une sonorisation. Le CNB en donne un cas familier : « Dans une salle de classe sans traitement acoustique, la réverbération importante empêche d’entendre correctement les paroles prononcées par l’enseignant. »
Les textes en tiennent compte sur un point précis. Dans une école, une salle polyvalente de plus de 250 m³ demande une étude particulière pour « avoir une bonne intelligibilité en tous points ». La page sur l’acoustique des salles polyvalentes aborde la question hors de l’école.
L’indicateur de référence s’appelle STI, pour Speech Transmission Index. L’INRS le présente comme « le seul indicateur d’intelligibilité normalisé au niveau international », selon la norme NF EN IEC 60268-16. Il va de 0 à 1, et sa mesure demande des appareils spécialisés. Dans les documents de l’INRS, du CidB et du CNB lus pour cette page, aucun seuil de STI n’est donné pour une salle, un restaurant ou une classe. Les échelles qui circulent en ligne restent donc à vérifier dans leur source.
Bien entendre n’est pas toujours le but. Dans les bureaux et locaux tertiaires, le problème se renverse : l’INRS rappelle qu’une parole intelligible sert les interlocuteurs et gêne ceux qui ne participent pas à la conversation.
Quelle valeur viser : texte légal, norme ou recommandation
Le CidB propose un ordre de recherche. On regarde d’abord les textes réglementaires, puis les pièces écrites de l’opération. Si rien n’y figure, on prend un repère. Cet ordre aide aussi à peser un chiffre trouvé ailleurs, car un repère n’a pas le poids d’une limite.
Une limite légale s’impose. Les arrêtés du 25 avril 2003 fixent une durée pour les bâtiments neufs d’enseignement et de santé. Les arrêtés sur l’accessibilité des établissements recevant du public datent du 8 décembre 2014 et du 20 avril 2017. À défaut d’autre texte, ils prévoient une aire d’absorption d’au moins 25 % du sol. Elle concerne les espaces d’accueil et d’attente du public et les salles de restauration. Ces arrêtés visent la gêne des personnes ayant une déficience sensorielle, et la page sur le bruit dans les restaurants en donne les réserves.
Une norme pèse quand un programme ou un contrat y renvoie. C’est le cas de la NF S 31-080 pour les bureaux. La NF S 31-299 sur les bars et les restaurants est référencée par l’AFNOR en octobre 2025.
Une recommandation reste un conseil. Cela vaut pour le volet B du guide du CNB et pour les cibles de la notice Bâtir l’École. Cela vaut aussi pour le repère du CidB sur la parole, T = 0,1 × racine cubique de V, V étant le volume en m³. Le guide du CNB rappelle d’ailleurs que la réglementation acoustique des bâtiments fixe « des performances minimales » et ne vise pas le confort des occupants. La page sur les durées de réverbération recommandées rassemble ces valeurs avec leur statut.
Reste à lire les conditions de chaque chiffre. Les arrêtés de 2003 retiennent la moyenne de 500, 1 000 et 2 000 Hz, dans un local meublé et non occupé. La fiche de l’INRS sur le restaurant d’entreprise donne, elle, une valeur à 1 kHz. Ces nombres ne se comparent pas directement.
Local par local : école, restaurant, salle polyvalente, bureau, atelier
| Local | Ce qui est chiffré | Nature | Page |
|---|---|---|---|
| Salle de classe neuve de 250 m³ ou moins | 0,4 à 0,8 s | Limite légale | Acoustique des écoles |
| Chambre de patient neuve de 250 m³ ou moins | ≤ 0,8 s | Limite légale | Établissements de santé |
| Restaurant hors école et santé | Pas de durée dans les textes lus, aire d’absorption d’au moins 25 % du sol | Limite légale pour l’aire | Acoustique d’un restaurant |
| Salle polyvalente ou de sport hors école | Aucune durée légale, conseils du CNB | Recommandation | Salles polyvalentes |
| Bureau | Aucun seuil légal général, norme NF S 31-080 si le programme la cite | Norme volontaire | Locaux tertiaires |
| Atelier où l’exposition quotidienne peut dépasser 85 dB(A) | Décroissance DL de 2 à 4 dB(A) par doublement de distance, selon la surface | Limite légale | Acoustique industrielle |
Pour un hôtel, l’arrêté demande une aire d’absorption dans certaines circulations, sans fixer de durée pour les salles : voir l’acoustique des hôtels. Un lieu qui diffuse de la musique amplifiée relève surtout de règles sur les niveaux et le voisinage, exposées à la page réglementation de la musique amplifiée. Ce tableau ne fait que résumer : les conditions figurent dans chaque page citée.
Quand faire mesurer
Une mesure sert à savoir d’où l’on part, puis à vérifier où l’on arrive. « Des mesurages réalisés par un acousticien peuvent s’avérer utiles », écrit Travail & Sécurité, le magazine de l’INRS, pour comparer l’avant et l’après. Quand un objectif figure au programme, la présentation de T. Bonzom publiée par l’INRS en 2026 est directe : « Exigez des mesures in situ ». La page sur le métier d’acousticien dit quand le solliciter et comment lire son rapport.
Le calcul peut précéder la mesure. L’INRS mentionne des calculs prévisionnels, avec l’exemple de son outil RayPlus. Pour une acoustique très précise, le CidB réserve le calcul par rayons aux « acousticiens confirmés ».
Questions fréquentes
Un plafond absorbant suffit-il à calmer une salle bruyante ?
Pas toujours. Il réduit le son réfléchi, sans toucher au son direct de la personne qui parle à côté de vous. Le CidB prévient que le niveau de bruit de fond « reste élevé si un grand nombre de personnes parlent en même temps », même une fois le traitement réalisé.
La réverbération se mesure-t-elle salle pleine ?
Pour les arrêtés du 25 avril 2003, non. Les valeurs s’entendent dans des « locaux normalement meublés et non occupés ». Les occupants comptent pourtant, car le CidB range le public parmi « des absorbants non négligeables ». Une mesure à vide ne décrit donc pas exactement la salle en service.
Peut-on corriger un local déjà construit ?
Oui. Les fiches n° 63 et n° 69 de l’INRS décrivent des salles traitées après coup. L’INRS note toutefois que « la correction acoustique d’un local existant est toujours plus difficile et plus coûteuse ».
Peut-on trop absorber ?
Dans un local de parole, oui. L’arrêté sur l’enseignement fixe une borne basse de 0,4 s pour une salle de classe neuve de 250 m³ ou moins. Le CidB rappelle que certaines réflexions aident la voix à atteindre le fond de la salle.
Textes et sources
- INRS, ED 6103 : INRS
- INRS, Intelligibilité de la parole : INRS
- Hygiène et sécurité du travail n° 254, mars 2019 : INRS
- INRS, fiche n° 63 : INRS
- INRS, fiche n° 69 : INRS
- Travail & Sécurité n° 882, juin 2026 : INRS
- T. Bonzom, présentation du 22 septembre 2026 : INRS
- CidB, fiche A3 : bruit.fr
- CidB, fiche A4 : bruit.fr
- CidB, guide Resto Quiet, 2017, édité avec le soutien de fabricants de matériaux : bruit.fr
- Guide du CNB n° 6, octobre 2024 : bruit.fr
- Arrêté du 25 avril 2003, enseignement : Légifrance
- Arrêté du 25 avril 2003, santé : Légifrance
- Arrêté du 25 avril 2003, hôtels : Légifrance
- Arrêté du 8 décembre 2014, art. 9 : Légifrance
- Arrêté du 20 avril 2017 : Légifrance
- Arrêté du 30 août 1990 : Légifrance
- Bâtir l’École, notice Acoustique : Bâtir l’École
- NF S 31-080, octobre 2025 : AFNOR
- NF S 31-299, référence AFNOR d’octobre 2025 : AFNOR
