Le bruit d’une installation de ventilation naît au ventilateur et dans les accidents du réseau, puis il suit l’air jusqu’à la bouche et traverse les parois en chemin. L’acoustique et l’aéraulique se traitent donc ensemble, car chaque décibel gagné se paie en encombrement ou en perte de charge.
Acoustique et aéraulique : deux sciences pour un même réseau
L’aéraulique dimensionne un réseau pour faire passer un débit avec le moins de pertes possible. L’acoustique demande que ce débit reste discret dans la pièce desservie. Les deux logiques se croisent à chaque choix de section de gaine, de vitesse d’air, d’emplacement du ventilateur ou de type de silencieux.
La revue Acoustique & Techniques du Centre d’information sur le bruit (CidB) résume l’arbitrage par trois contraintes : « l’encombrement de l’installation, les pertes de charge et le bruit régénéré ». Le dernier terme surprend souvent. Un élément posé pour atténuer le bruit peut en créer lui-même si l’air y passe trop vite.
Sources : ventilateurs, vitesse d’air, singularités du réseau
Suivre l’air de bout en bout donne la liste des sources de bruit de ventilation et des points d’action.
- Le ventilateur est en général la source principale. Son bruit part vers le soufflage comme vers la reprise, et ses vibrations passent dans ses supports.
- La vitesse d’air vient ensuite. Plus l’air va vite dans une gaine, plus l’écoulement devient turbulent et bruyant.
- Les singularités créent du bruit là où elles se trouvent. Un coude serré, un registre presque fermé ou un changement brusque de section peuvent en produire après le silencieux, donc sans rien pour l’atténuer.
- La bouche ou la grille est la dernière source, et la plus proche de l’oreille. L’arrêté sur les logements compte d’ailleurs les bouches d’extraction dans sa limite.
Deux sources de même niveau ne font que 3 dB de plus qu’une seule, et une source nettement plus forte masque les autres. Traiter une grille ne sert donc à rien tant que le ventilateur domine.

Atténuation le long du réseau : coudes, registres, silencieux
Une gaine droite guide le son sans beaucoup l’affaiblir. Les coudes et les registres l’atténuent un peu, mais ils créent aussi du bruit quand l’air y accélère. On ne les dimensionne donc pas pour leur effet acoustique.
Le silencieux, ou piège à son, est fait pour cela. Il associe le plus souvent des baffles parallèles, garnis surtout de laine minérale, qui absorbent l’énergie acoustique. Sa courbe d’efficacité a la forme d’une cloche, avec un maximum aux fréquences moyennes et peu d’effet dans les graves. Pour gagner dans les graves, il faut des canaux plus longs ou plus étroits, au prix de pertes de charge plus fortes.
- 1Le bruit du ventilateur entre dans la gaine avec l’air.
- 2Les baffles absorbants forcent l’air à passer dans des lames étroites, où le son perd de l’énergie.
- 3Le niveau de sortie baisse, mais le rétrécissement ajoute une perte de charge et peut créer son propre bruit si la vitesse d’air est trop élevée.
Une fiche de l’INRS donne un ordre de grandeur. Dans un local de compresseur, des silencieux à lames inclinées ont apporté 11,5 dB(A), le dB(A) étant un décibel pondéré pour suivre la sensibilité de l’oreille. La fiche pose une condition sur les vitesses d’air entre les lames : moins de 3,5 m/s, « sinon le silencieux régénère du bruit ». Ce résultat d’un cas isolé, qui relève de la maîtrise du bruit industriel, n’est pas à reprendre tel quel.
Pour comparer des silencieux, trois grandeurs comptent, mesurées selon NF EN ISO 7235 : la perte d’insertion, la perte de charge et le bruit régénéré. La revue du CidB met en garde à propos des bandes de 63 et 125 Hz, où les résultats varient fortement. Elle note aussi que « les valeurs communiquées sont rarement issues d’essais normalisés réalisés dans des laboratoires indépendants ».
Transmission par les parois et diaphonie entre locaux
Une gaine peut relier deux pièces bien isolées. Si un même conduit dessert deux bureaux voisins, la voix passe de l’un à l’autre par les bouches, en contournant la cloison. C’est la diaphonie. La cloison a beau être excellente, le conduit reste un raccourci.
Le bruit sort aussi par les parois mêmes de la gaine, surtout quand elle traverse un faux plafond au-dessus d’une pièce calme. Les traversées de cloison mal rebouchées ajoutent des fuites. Ces voies complètent celles que décrivent les principes d’acoustique architecturale.
Deux réponses classiques existent pour les locaux qui doivent rester confidentiels : leur donner des conduits séparés, ou intercaler un silencieux entre eux.
Basses fréquences et bruit tonal : pourquoi la conformité ne suffit pas toujours
Une installation peut respecter sa limite en dB(A) et gêner quand même. Le filtre A retire des décibels vers les graves, justement là où un silencieux agit le moins. Un ronflement de ventilateur peut donc peser peu dans le chiffre et beaucoup à l’oreille, surtout la nuit.
Un bruit tonal, comme un sifflement, ressort lui aussi du reste du spectre. Le Code de la santé publique tient compte de ces écarts pour les équipements d’activités professionnelles. L’émergence globale est l’écart entre le bruit ambiant et le bruit résiduel. Le texte y ajoute une émergence spectrale dans les pièces principales du voisin. Elle est limitée à 7 dB dans les octaves de 125 et 250 Hz, et à 5 dB de 500 à 4 000 Hz.
Le texte sur les logements laisse aussi un angle mort. L’arrêté du 30 juin 1999 vise la ventilation en position de débit minimal, et sa formulation ne fixe pas de limite au débit maximal. C’est notre lecture du texte, pas une position officielle. Or c’est souvent le débit de pointe qu’on entend en cuisine.
Ce que les textes fixent, local par local
| Local et source | Valeur | Texte | Nature |
|---|---|---|---|
| Logement, pièce principale, ventilation au débit minimal | 30 dB(A) | Arrêté du 30 juin 1999, art. 6 | Limite légale |
| Logement, cuisine, ventilation au débit minimal | 35 dB(A) | Arrêté du 30 juin 1999, art. 6 | Limite légale |
| Logement, bureau ou zone ouverte au public, chaufferie du même bâtiment | 30 dB(A) | Arrêté du 23 juin 1978, art. 6 | Limite légale |
| Salle de classe, équipement à fonctionnement continu | 38 dB(A) | Arrêté du 25 avril 2003, enseignement, art. 4 | Limite légale |
| Chambre d’hôpital, équipement autre que la plomberie voisine | 30 dB(A) | Arrêté du 25 avril 2003, santé, art. 4 | Limite légale |
| Chambre d’hôtel, équipement extérieur à la chambre | 30 dB(A) | Arrêté du 25 avril 2003, hôtels, art. 4 | Limite légale |
| Bureau, ventilation | Aucune valeur légale | NF S 31-080 | Norme, chiffres non repris ici |
| Logement, chauffe-eau thermodynamique | Non cité par le texte | Guide du CNB n° 6 | Le CNB propose de le traiter comme la ventilation |
Le détail figure dans les exigences sur les bruits d’équipement. En logement, la VMC n’est qu’une part de l’acoustique de l’habitat. Pour la vérification, l’annexe de l’arrêté du 26 décembre 2023 lui réserve une ligne propre. Elle prévoit 1 à 2 mesures pour 10 à 30 maisons accolées, double flux et groupe moteur compris.
Dans les bureaux, la loi se limite à la chaufferie. Le bruit des équipements figure parmi les critères de la norme NF S 31-080, traitée avec l’acoustique tertiaire.
Textes et sources
- Arrêté du 30 juin 1999 relatif aux caractéristiques acoustiques des bâtiments d’habitation : Légifrance
- Arrêté du 26 décembre 2023 sur l’attestation acoustique : Légifrance
- Guide du CNB n° 6, Réglementations acoustiques des bâtiments, octobre 2024 : bruit.fr
- Acoustique & Techniques, article sur les silencieux : bruit.fr
- INRS, fiche sur le traitement d’entrée et d’extraction d’air d’un local compresseur : INRS
- INRS, présentation sur les normes de bureaux, 22 septembre 2026 : INRS
