Une salle de restaurant devient bruyante quand les conversations se réfléchissent sur des surfaces dures et que chacun hausse la voix pour se faire entendre. L’acoustique d’un restaurant se corrige surtout au plafond, mais le gain en décibels peut rester faible. Dans un cas documenté par l’INRS, l’Institut national de recherche et de sécurité, la réverbération est passée de 0,9 à 0,6 s, pour 2 dB(A) de moins. Le dB(A) désigne un décibel filtré pour approcher la sensibilité de l’oreille.
Acoustique d’un restaurant : ce que montrent trois cas documentés
| Salle | Travaux | Résultat publié | Fiche |
|---|---|---|---|
| Restaurant d’entreprise | Panneaux muraux, dalles au plafond, cubes suspendus | Tr de 0,9 à 0,6 s à 1 kHz, 2 dB(A) de moins aux heures de pointe | n° 63 |
| Cantine scolaire | Panneaux de 18 mm au plafond, mobilier neuf, cloisons basses en bois | Tr de 2,3 à 0,5 s, aucun niveau publié | n° 69 |
| Cafétéria à plonge ouverte sur la salle | Parois de la plonge traitées, cloison formant un sas | 80 dB(A) en plonge au départ, 60 dB(A) en salle après travaux, sans valeur de départ pour la salle | n° 80 |
Tr désigne la durée de réverbération, aussi appelée temps de réverbération. C’est le temps que met un son à perdre 60 dB après l’arrêt de la source. Un seul cas donne un écart de niveau avant et après. La fiche A3 du Centre d’information sur le bruit (CidB) juge ce type de baisse « toujours relativement faible, voire décevante ».
Pourquoi un restaurant est bruyant : surfaces dures, densité, hauteur
Les conversations dominent. Un exposé de T. Bonzom, en 2019, situe les niveaux « très souvent » au-dessus de 70 dB(A) et « parfois » au-dessus de 80 dB(A), « principalement liés aux conversations des clients ». Le guide Resto Quiet du CidB, édité en 2017 avec le soutien, entre autres, de fabricants de matériaux, y ajoute les couverts, les chaises et les équipements.
La salle amplifie ces sources. « Plafonds hauts, parois lisses, grandes baies vitrées, sols en béton sont autant d’éléments qui peuvent amplifier les sons », écrit ce guide. Comme « les sources de bruits sont réparties sur toute la surface », note la fiche A4 du CidB, chaque table a des voix tout près d’elle.
La densité pèse aussi, et les chiffres divergent. Guy Capdeville, consultant privé, retient 0,4 à 0,5 élève par m² pour une cantine, dans un exposé à une matinée de l’INRS. La notice Bâtir l’École conseille au moins 1,3 m² par convive, soit au plus 0,77 convive par m². Selon Resto Quiet, si la salle est trop dense, « le traitement sur la réverbération sera alors insuffisant ».

Réverbération et effet Lombard : le cercle vicieux
L’INRS décrit le mécanisme dans son magazine, Travail & Sécurité : « Pour couvrir le bruit lié aux équipements ou au brouhaha des conversations, salariés et clients parlent plus fort pour se comprendre, ce qui augmente le niveau du bruit de fond et les poussent à hausser encore le ton. Ce cercle vicieux est appelé “effet Lombard” ».
- Les conversations remplissent la salle.
- Le niveau monte, d’autant plus que la salle est réverbérante.
- Chacun parle plus fort pour se faire entendre, et la boucle recommence.
Resto Quiet parle d’« effet cocktail » pour cette escalade. Dans Travail & Sécurité, un contrôleur de sécurité de la Carsat Centre-Ouest demande de ne pas confondre ce terme avec l’effet Lombard, sans préciser la différence. La Carsat est la caisse d’assurance retraite et de la santé au travail.
Le seuil de cet effet varie selon les sources. Travail & Sécurité écrit 70 dB(A) en mai 2019, sans en indiquer l’origine. G. Capdeville avance environ 72 dB(A) pour des cantines, sans détailler son modèle. Un résumé d’article de Bottalico et coauteurs place à 43,3 dB(A) le moment où l’effort vocal change, hors restaurant. Ces chiffres ne décrivent sans doute pas la même chose, et les sources ne les comparent pas. Cette page n’en retient aucun.
Restaurant scolaire : mêmes mécanismes, autre texte
Dans une école neuve, l’arrêté du 25 avril 2003 demande 0,4 à 0,8 s jusqu’à 250 m³ et au plus 1,2 s au-delà (voir l’acoustique des écoles). Sans traitement, écrit le guide du Conseil national du bruit (CNB), « les élèves sont agités et moins attentifs lors des cours de l’après-midi ».
Tenir la durée ne règle pourtant pas tout. G. Capdeville décrit trois cantines au plafond absorbant, pour une cible de moins de 1,2 s.
| Mesure | Salle 1 | Salle 2 | Salle 3 |
|---|---|---|---|
| Durée de réverbération | 0,85 s | 0,7 s | 0,7 s |
| Niveau moyen pendant le service | 84 dB(A) | 81 dB(A) | 80 dB(A) |
Sa conclusion n’engage que lui : « La seule maîtrise du temps de réverbération n’est pas forcément suffisante pour permettre d’obtenir un local satisfaisant d’un point de vue acoustique. »
Les mesures de réduction possibles, sans choisir un produit
Le plafond vient d’abord. Resto Quiet y voit « la surface la plus importante et la plus accessible », et estime que recouvrir environ 60 % du plafond donne souvent de bons résultats. Il demande un indice d’absorption αw, une valeur unique de 0 à 1, supérieur à 0,6. Le calcul du temps de réverbération aide à dimensionner, et les valeurs de réverbération selon le local situent la cible.
D’autres gestes sont simples :
- moquette partielle, nappes, sièges capitonnés, rideaux épais ;
- patins sous les pieds des tables et des chaises ;
- plus d’espace entre les tables, groupes placés à part ;
- machines moins bruyantes, plonge séparée de la salle.
La fiche n° 63 note que des écrans entre les tables n’ont d’effet que « si le plafond est traité acoustiquement ».
Sur la musique, les sources se contredisent, et les sons amplifiés ont leurs propres règles (voir la page sur la musique amplifiée). Pour Resto Quiet, « Diffuser de la musique n’arrange rien ! », alors qu’une fiche de Bâtir l’École conseille une musique douce à la cantine.
Réglementation : ce qui s’applique à une salle de restaurant
Dans les textes lus, aucune durée de réverbération n’est fixée pour un restaurant ou un café situé hors établissement d’enseignement ou de santé. Les arrêtés sur l’accessibilité prévoient en revanche, à défaut d’autre texte, une aire d’absorption équivalente minimale dans les salles de restauration.
Ces arrêtés visent les établissements recevant du public, dont les restaurants. Celui du 8 décembre 2014 porte sur le bâti existant, « avec ou sans travaux », et celui du 20 avril 2017 sur le neuf. Leur article 9 prévoit, lorsqu’aucun texte ne fixe d’exigence, « quel que soit le type d’établissement concerné », une aire d’au moins 25 % de la surface au sol. Elle vaut pour les salles de restauration et les espaces d’accueil et d’attente du public. Elle se calcule par A = S × αw, S étant la surface du revêtement absorbant. Par exemple, une salle de 100 m² demande 25 m² d’aire. Cela représente un peu plus de 26 m² d’un faux plafond d’indice αw 0,95, valeur de l’INRS (notre calcul).
La règle vise la gêne des personnes ayant une déficience sensorielle, sous réserve de contraintes d’hygiène ou d’ambiance hygrométrique des locaux. Les deux arrêtés admettent des solutions d’effet équivalent (art. 1). Pour le bâti existant, le Code de la construction prévoit aussi des dérogations (R. 164-3) et, en 5e catégorie, qu’une partie du bâtiment assure l’accessibilité (R. 164-2). L’effet de ces dispositions sur une petite salle n’a pas été vérifié ici.
Selon Service-Public, un local qui ne reçoit jamais de clientèle n’est pas un établissement recevant du public mais un local de travail. Le cas d’un restaurant d’entreprise fermé au public reste à confirmer.
Pour les salariés, il existe aussi l’article R. 4213-5 du Code du travail et l’arrêté du 30 août 1990. Ils visent les locaux où des équipements de travail peuvent exposer à plus de 85 dB(A) par jour. Aucune source lue ne les applique à une salle de restaurant, et aucune ne l’exclut. Les valeurs d’exposition au bruit au travail ne dépendent pas du type de local.
Le reste est recommandation. Resto Quiet juge acceptable 0,6 à 1 s pour un restaurant « de taille moyenne ». La norme NF S 31-299, référencée par l’AFNOR en octobre 2025, relie ses objectifs à l’ambiance attendue et à la densité, d’après une présentation publiée par l’INRS. La NF S 31-080, présentée à la page sur les locaux tertiaires, compte les restaurants parmi les espaces des immeubles de bureaux.
Mesurer avant de corriger
La durée de réverbération décrit la salle, et le niveau relevé pendant le service décrit son usage. Travail & Sécurité note que « des mesurages réalisés par un acousticien peuvent s’avérer utiles », pour comparer l’avant et l’après. Les pages sur le métier d’acousticien et la correction acoustique d’un local donnent la suite.
Questions fréquentes
Quelle part du plafond faut-il traiter ?
Trois chiffres circulent, qui ne mesurent pas la même chose. À défaut d’autre texte, les arrêtés sur l’accessibilité prévoient dans les établissements recevant du public une aire d’absorption d’au moins 25 % du sol, l’exposé de T. Bonzom de 2019 en conseille 50 %, et Resto Quiet parle de recouvrir environ 60 % du plafond.
Le bruit de la salle menace-t-il l’audition du personnel ?
Pour le guide Resto Quiet, les travailleurs de la restauration ne sont pas exposés à ce risque « dans leur majorité ». Travail & Sécurité situe plutôt les enjeux du secteur dans « la réduction du stress, de la charge mentale et de la fatigue ». L’obligation de l’employeur d’évaluer l’exposition de ses salariés est une question distincte, traitée à la page sur le bruit au travail.
Une salle bien isolée de ses voisins peut-elle rester bruyante ?
Oui. L’isolation traite ce qui sort de la salle, alors que le bruit à table vient de ce qui s’y réfléchit (voir isolation phonique ou correction acoustique). Pour Resto Quiet, « il ne s’agit pas d’isolation mais d’absorption acoustique ».
Textes et sources
- Arrêté du 8 décembre 2014, art. 9 : Légifrance
- Arrêté du 20 avril 2017 : Légifrance
- Code de la construction, R164-1 à R164-6 : Légifrance
- Établissements recevant du public : Service-Public
- Arrêté du 25 avril 2003, enseignement : Légifrance
- Code du travail, R.4213-5 : Légifrance
- Arrêté du 30 août 1990 : Légifrance
- Guide du CNB n° 6, octobre 2024 : bruit.fr
- INRS, fiches : n° 63, n° 69, n° 80
- INRS, ED 6103 : INRS
- Travail & Sécurité : n° 805, mai 2019, n° 882, juin 2026
- T. Bonzom, exposés : 10 avril 2019, 22 septembre 2026
- G. Capdeville, exposé du 22 septembre 2026 : inrs.fr
- CidB : guide Resto Quiet, 2017, communiqué du 6 décembre 2017 citant ses soutiens, fiche A3, fiche A4
- Bâtir l’École : notice Acoustique, fiche n° 09, septembre 2025
- Bottalico et coauteurs, Acta Acustica, 2017, résumé : Iowa
- NF S 31-299, octobre 2025 : AFNOR
