L’arrêté du 25 avril 2003 impose à un établissement de santé neuf au moins 42 dB d’isolement autour d’une chambre et 47 dB autour d’une salle d’opération. Les équipements ne doivent pas dépasser 30 dB(A) dans la chambre. Ces limites légales répondent aux trois besoins de l’acoustique des établissements de santé : le sommeil du patient, le secret de la consultation et le calme du bloc.
L’isolement, noté DnT,A, dit de combien le niveau baisse d’un local à l’autre, mesure faite sur place. Le dB(A) tient compte de la sensibilité de l’oreille, qui varie selon les fréquences.
Acoustique des établissements de santé : bâtiments et locaux visés
Le texte ne vise que les bâtiments neufs et les parties nouvelles, pour les demandes déposées plus de six mois après sa publication au Journal officiel du 28 mai 2003. Il s’inscrit dans le cadre acoustique de la construction, à côté de textes voisins pour les hôtels et l’enseignement.
Il protège les locaux d’hébergement et de soins, les salles d’examen et de consultation, les bureaux médicaux et soignants et les salles d’attente. Il protège aussi les salles d’opération, d’obstétrique et de travail.
Selon la circulaire du 25 avril 2003, une tolérance de 3 dB, et de 3 dB(A) pour les équipements, s’applique aux seules mesures. Les indicateurs eux-mêmes relèvent des fondamentaux de l’acoustique.
Isolement entre locaux : qui protège qui
Chaque ligne part du local à protéger, et la question devient : quels locaux place-t-on côte à côte ?
| Local protégé | Depuis la plupart des locaux | Depuis un bloc | Depuis une circulation |
|---|---|---|---|
| Salle d’opération, d’obstétrique, salle de travail | 47 dB | 47 dB | 32 dB |
| Chambre, salle d’examen, de consultation, bureau médical, salle d’attente hors urgences | 42 dB | 47 dB | 27 dB |
Deux chambres voisines relèvent donc de 42 dB. Une chambre adossée à un bloc passe à 47 dB, mesurés dans la chambre. Le couloir est le voisin le moins bien traité, avec 27 dB, et une porte de chambre mal ajustée suffit à compromettre cette valeur.
Le bruit de choc se lit autrement. L’indicateur L’nT,w relève ce que reçoit la pièce sous les coups d’une machine à chocs normalisée, posée au sol du local voisin. Plus il est bas, moins la pièce reçoit de bruit. Le texte demande qu’il « ne dépasse pas 60 dB », sauf dans les circulations, les locaux techniques, les cuisines, les sanitaires et les buanderies. Un pas ou un chariot relèvent de cette limite.

Isolement vis-à-vis de l’extérieur
Les locaux d’hébergement et de soins doivent offrir au moins 30 dB aux bruits extérieurs. Dans les zones A, B et C du plan d’exposition au bruit d’un aérodrome, l’exigence passe à 47, 40 et 35 dB.
Le risque peut aussi venir d’une infrastructure nouvelle. Si une route ou une voie ferrée est créée près d’un hôpital, son maître d’ouvrage doit tenir 60 dB(A) le jour et 55 dB(A) la nuit devant les façades. La valeur de jour descend à 57 dB(A) pour les salles de soins et les locaux de séjour des malades. Sur une voie ferrée, l’indicateur retire 3 dB(A) au niveau moyen. Les seuils baissent de 3 dB(A) sur les lignes parcourues uniquement par des TGV à plus de 250 km/h. Ces obligations pèsent sur l’infrastructure, pas sur le bâtiment.
Bruits d’équipements dans les chambres
La nuit, un patient entend ce que le jour masque. La chasse d’eau de la chambre voisine ne doit pas dépasser 35 dB(A) dans sa chambre. La ventilation et les autres équipements du bâtiment sont limités à 30 dB(A). Le texte tolère donc un peu plus pour la plomberie voisine, ce qui n’empêche pas d’éloigner les gaines techniques de la tête de lit dès le plan.
| Local | Équipements, maximum | Réverbération, maximum |
|---|---|---|
| Chambre, local d’hébergement | 30 dB(A) | 0,8 s |
| Salle d’examen, de consultation, bureau médical | 35 dB(A) | 0,8 s |
| Salle d’attente | 35 dB(A) | Non repris ici |
| Local de soins | 40 dB(A) | 0,8 s |
| Salle d’opération, d’obstétrique, de travail | 40 dB(A) | Pas de valeur |
| Salle de repos du personnel | Pas de valeur | 0,5 s |
| Salle de restauration | Pas de valeur | 0,8 s |
| Local public d’accueil | Pas de valeur | 1,2 s |
La durée de réverbération, en secondes, est le temps que met un son pour perdre 60 dB après l’arrêt de la source. La chaufferie du bâtiment reste limitée à 30 dB(A) dans toute zone accessible au public, en vertu de l’arrêté du 23 juin 1978.
Zones sensibles : bloc, consultation, couloirs
Le bloc et les salles de naissance
Ces salles bénéficient de 47 dB d’isolement vis-à-vis de presque tous leurs voisins, et de 32 dB vis-à-vis des circulations internes. Leur limite de 40 dB(A) porte sur les équipements du bâtiment. Les tableaux n’ont pas de ligne propre à la réanimation, et c’est au programme de préciser les objectifs de ces unités.
La consultation confidentielle
Ce qui se dit dans un cabinet ne doit pas s’entendre depuis la salle d’attente. Le texte fixe 42 dB entre le cabinet et ses voisins. Il ajoute une règle propre à la porte entre la cabine de déshabillage et le cabinet, dont l’indice RA doit être « supérieur ou égal à 35 dB ». RA décrit ici la performance de la porte seule.
Les couloirs et les grands volumes
Dans les circulations des zones d’hébergement et de soins, l’aire d’absorption doit couvrir « au moins le tiers de la surface au sol ». Un couloir de 60 m², par exemple, demande donc 20 m² d’aire d’absorption équivalente, chaque surface comptant selon son coefficient d’absorption. C’est plus que le quart demandé pour un logement ou un hôtel, et moins que la moitié demandée dans une école.
Un hall public de plus de 250 m³ suit une autre règle : 1,2 s jusqu’à 512 m³, puis 0,15 fois la racine cubique du volume. Par exemple, un hall de 1 728 m³, dont la racine cubique vaut 12, a droit à 1,8 s. La salle de consultation, limitée à 0,8 s, a la même borne haute que la réverbération en salle de classe.
Obligations lors de travaux importants sur un bâtiment existant
Pour un pavillon déjà construit, l’arrêté ne s’applique pas, et la circulaire du même jour invite seulement à se rapprocher de ses valeurs lors d’une réhabilitation.
Le cas change pour un pavillon d’hospitalisation situé dans le plan de gêne sonore d’un aéroport, ou en zone de dépassement des cartes de bruit. Si une rénovation énergétique globale ou des travaux de rénovation importants y sont engagés, l’article R.154-4 du Code de la construction s’applique à ses locaux d’hébergement et de soins. Les fenêtres et toitures concernées doivent atteindre un seuil, et l’isolation thermique des murs ne doit pas réduire la protection contre les bruits extérieurs. Les objectifs chiffrés figurent à la page rénovation et acoustique.
Confort des patients et du personnel : au-delà de la conformité
Rien de ce qui suit n’est une limite légale. L’ANSES range la perturbation du sommeil et la gêne parmi les effets extra-auditifs du bruit, et note qu’il « joue également un rôle aggravant pour les pathologies cardio-vasculaires ». Pour le personnel, l’INRS signale qu’entre 60 et 80 dB(A) peuvent apparaître fatigue cognitive, insatisfaction et irritation.
Les valeurs légales laissent de la marge à qui veut faire mieux. L’arrêté sur les hôtels, signé le même jour, demande 50 dB entre deux chambres, contre 42 dB ici. Un établissement peut donc inscrire dans son programme une valeur plus haute que le minimum, en s’inspirant du confort acoustique à l’hôtel. Ce choix reste volontaire, et seule une mesure à la réception en vérifie le résultat.
Textes et sources
- Arrêté du 25 avril 2003 relatif à la limitation du bruit dans les établissements de santé : Légifrance
- Circulaire du 25 avril 2003 : Légifrance
- Code de la construction et de l’habitation, article R.154-4 : Légifrance
- Guide du CNB n° 6, Réglementations acoustiques des bâtiments, octobre 2024 : bruit.fr
- Bruit des infrastructures routières : bruit.fr
- Bruit des infrastructures ferroviaires : bruit.fr
- ANSES, brochure sur le bruit, 2015 : ANSES
- INRS, effets du bruit sur la santé : INRS
